Une annonce canadienne qui déçoit

par Marielle Guimond

Les 14 et 15 novembre derniers avaient lieu le Sommet sur les opérations de maintien de la paix de l’ONU à Vancouver. Comme anticipé, le Canada, hôte de l’événement, en a profité pour annoncer son réengagement au sein des missions de maintien de la paix onusiennes. Cette annonce était très attendue. Rappelons que le Canada, depuis quelques années, semblait avoir rétrogradé sur son échelle de priorités son implication dans ces missions. 

Par ses discours inspirants et ses promesses électorales, Justin Trudeau avait dressé la barre haute, particulièrement lors de sa campagne électorale de 2015. Tout portait à croire qu’un engagement important était envisagé et les rumeurs sur une contribution à la mission MINUSMA au Mali s’intensifiaient.

La communauté internationale était tenue en haleine depuis maintenant deux ans.

Des informations glissées au compte-gouttes à la presse ont marqué la première journée du Sommet. De ce fait, l’annonce qui a eu lieu la deuxième journée, n’a pas été surprenante. Les références aux thèmes « femmes », « entrainement », « équipement » ou encore « enfants soldats », de la première journée ont tout simplement été répétés.

Essentiellement, l’engagement canadien annoncé par le Premier Ministre lui-même peut être résumé ainsi :

  • L’envoi de l’avion de transport Hercule C-130, soutenue par 200 militaires pour une durée maximale de 12 mois au Centre d’appui régional de l’ONU pour l’Afrique, situé en Ouganda
  • La mise à disposition de deux forces aériennes opérationnelles dotées d’hélicoptères
  • L’envoie d’une équipe d’assistance et d’entraînement aux missions de maintien de la paix
  •  Un investissement de 15 millions de dollars dans la mise sur pied de l’Initiative Elsie afin d’augmenter la participation des femmes dans les opérations de paix
  • L’adoption des Principes de Vancouver sur les enfants-soldats 

Trudeau affirme que les contributions canadiennes répondent aux besoins onusiens. Devant les journalistes, il justifiait les formes de son engagement en soulignant que les missions de maintien de la paix ont changé, de même que la nature des conflits. En effet, il est difficile de contredire ce constat. Or, prétendre que de tels engagements vont grandement contribuer à l’efficacité des missions est questionnable.

Bien entendu, les représentants de l’ONU se sont montrés ravis de l’annonce canadienne. Ils confirmaient les propos du Premier Ministre affirmant que le pays répond aux besoins éclatés des différentes étapes de missions de maintien de la paix. Une réponse tout aussi prévisible que polie; l’ONU serait vue d’un bien mauvais oeil si elle levait le nez sur des contributions, aussi minces soient-elles. En effet, l’efficacité actuelle des missions est affectée par des carences sur le terrain dont les contributeurs internationaux semblent en être les principaux tributaires.

Si la communauté internationale choisit de voir le verre à moitié plein, les analystes politiques et les partis d’opposition canadiens ne cachent pas leur déception. Plusieurs se sont pressés de rappeler que le gouvernement actuel avait promis lors de la campagne électorale de déployer entre 400 et 600 militaires et plus de 150 policiers. Vraisemblablement, la nouvelle complexité des conflits et l’éclatement des besoins onusiens ne sont pas des justifications assez étoffées pour excuser cette promesse brisée. Si on entendait les mots « équipement », « femmes », « enfants soldats » au cours des heures précédant l’annonce, les mots « déception », « demi-annonce »,  « promesse brisée » sont ceux qui résonnent présentement. Mais cette réverbération va-t-elle perdurer? Permettez-moi d’en douter.  

Force est d’admettre que la complexification des missions, difficilement contestable soit-elle, fait usage de justification pour le gouvernement de ne pas jumeler la parole aux actes. L’absence de risque est palpable dans les engagements énoncés ci-haut. Ceux-ci trahissent un manque d’intérêt de la part de notre gouvernement à s’investir de manière concrète comme l’affirme David Perry, analyste en défense de l’Institut canadien des affaires mondiales, dans une entrevue accordée dans Le Devoir. Dans ce même article, Jocelyn Coulon, chercheur au CERIUM, reproche au gouvernement de tergiverser avec la proposition d’idées difficilement mesurables : « Ce sont des programmes qui vont mettre 10, 20, 30 ans à se concrétiser. »

D’autant plus que cette « demi-annonce » (les détails n’ont pas encore été partagés) révèle que le Canada ne désirait pas s’engager de manière substantielle dans un projet onusien au risque de la mise à mal de son capital politique domestique. En effet, dans un récent article paru dans Options politiques, le professeur Mathieu Landriault de l’Université d’Ottawa soutient que l’appui de l’opinion publique varie selon le type d’intervention des troupes canadiennes. Il constate que l’entraînement de troupes locales obtient un meilleur appui. De ce fait, ce type d’intervention pourrait être privilégié par le gouvernement puisqu’il « […] représente une solution mitoyenne acceptable pour bien des Canadiens; il permettrait au Canada d’intervenir sans mener des actions risquées qui pourraient entraîner des pertes humaines canadiennes ». Comme le souligne Jocelyn Coulon dans une entrevue à La Presse, le constat est simple : « Il n’y a pas de volonté de s’engager sérieusement, de façon substantielle et ciblée, comme c’était envisagé en août 2016». Or, comme le mentionne Bruno Charbonneau, directeur du Centre FrancoPaix en résolution des conflits et missions de paix de la Chaire Raoul-Dandurand, le choix d’opter pour un engagement réparti dans diverses missions diminue les risques, mais en diminue également son impact.

On peut également en comprendre que le gouvernement s’est doté d’une certaine flexibilité quant à la mise en place de ses engagements. En effet, en se faisant avare de détails, il trahie son intention d’étudier la réceptivité de son annonce pour ensuite adapter son approche. Cette stratégie semble être celle préconisée par ses conseillers depuis le début de son mandat. On préfère corriger le tir plutôt que de fournir des munitions à l’opposition. Or, cette fois-ci, cette stratégie a pour public une audience qui va au-delà de son électorat. Cette fois-ci, c’est une communauté internationale qui a cru en la rhétorique canadienne qui est déçue et cela peut s’avérer plus dommageable qu’efficace.

Bref, à ceux et celles qui s’attendaient à un retour des casques bleus, vous devrez prendre votre mal en patience.

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